Call Me Daddy Interview. French Hardcourt Bike Polo Team // Polo, Will & Greg,
WORLD Hardcourt Bike Polo Champions 2012.
1. De Toulouse, Grenoble ou Paris, comment vous êtes vous retrouvés à jouer tous les 3 ensemble ?
Will : Polo et moi avons formé Call Me Daddy au début de la saison 2010 avec Jo, on a joué le Championnat de France 2011 ensemble, que l’on a gagné.
On partait ensuite pour les Worlds de Seattle mais Jo n’était pas dispo, il se trouvait que Greg était aux US à ce moment là. J’ai envoyé un mail à Greg, il me dit “je pensais jouer avec des ricains, mais je préfère jouer avec des français donc je suis chaud”, et là on est devenu Vice Champions du Monde 2011.
2. Vous pensez que le fait de ne pas vous entrainer tous les 3 ensemble, vous a permis d’être Champions du Monde de Bike Polo à Genève en 2012 ?
Greg : Il y a plus de désavantages que d’avantages à ne pas jouer ensemble et se réunir pour un Championnat. Le seul avantage : le fait qu’on ait pas développé de style de jeu en particulier à 3 , vu qu’on a pas le temps de le mettre en place comme les autres teams de bike polo. Sans doute une explication à notre succès. On a un style de jeu plus spontané. Comme on n’a pas de plan de jeu, on s’adapte plus facilement et on déstabilise le plan des adversaires qui en ont un.
Polo : Obligatoirement oui. Notre succès vient de notre mental. Une des clés vient du “team spirit” : tout le monde donne tout pour l’autre, tous les 3 on veut absolument gagner le match, parfois c’est Will, Greg ou moi qui marque, on compte pas le nombre de buts… Même si Will est plus fort en attaque, Paul en défense et Greg en gardien.
3. Quelles sont les différences entre le Bike Polo aux Etats Unis et en Europe ?
Greg : Il y avait une longueur d’avance aux States, c’est pas culturel, c’est juste parce qu’ils jouent depuis 8 ans et pas 2 ans. En règle général, les équipes européennes ont été surprises, voire déroutées, du jeu musclé aux Etats-Unis. Alors que les équipes européennes dés qu’il y a un coup, se tournent vers l’arbitre. Aux Etats-Unis, ça marche pas comme ça, si tu te fais rentrer dedans tu prends ton vélo et tu en remets un au mec, mais ne t’attends pas trop à ce que l’arbitre vienne à ta rescousse.
4. Il y a sans doute plus de contact aux Etats-Unis parce que c’est culturel, sans doute à cause des sports US, type Baseball, Hockey…?
Greg : Tu as l’approche du bike-polo par rapport au sport que tu as fait avant le bike-polo.
En Europe on vient du foot. Et aux Etats Unis, ils ont une approche liée au hockey.
Will : En Europe on s’oriente sur l’auto-arbitrage alors qu’aux States, ils poussent au maximum tant que l’arbitre ne siffle pas.
Greg : En jouant aux US, premier truc que j’ai fait : mettre un coup de tête dans une balle en l’air, réflexe de foot. Ils avaient jamais vu ça car il y a aucun sport aux US ou tu tapes une balle avec la tête. En Europe, une balle en l’air, personne ne va la prendre de la main, alors qu’au Hockey, tu prends le puck et tu le remets au sol.
5. De quel sport se rapproche le plus le Bike Polo ?
Polo : Greg a 15-20 ans de foot, moi 15 ans de foot, Will 17 ans de hockey sur glace..
Moi je retrouve des caractéristiques du football, la vision de jeu, l’organisation tactique etc…
Greg : pour avoir fait du hockey et du bike polo : au bike polo, tu roules comme tu glisses en hockey et du fait que tu es lancé, tu ne vas pas pouvoir t’arrêter brusquement. Tu es toujours obligé d’anticiper ce qui va se passer, pas comme au foot. En vélo si on te coupe la route c’est trop tard.
Will : J’ai retrouvé au polo les sensations que je pouvais avoir quand je jouais au hockey, c’est un sport rapide, et physique.
6. Justement en parlant de sensations, je pose souvent la question aux cyclistes dans la série de ce qu’ils ressentent quand ils rident, comme vous vous êtes dans un cadre de compétition, il y a pas mal d’adrénaline. Je faisais de la compèt. de bmx à l’époque et je me souviens vraiment de la pression avant de partir sur la grille de dirt, et vous ?
Will : Au moment où je suis sur le vélo en attendant le coup de sifflet qui va annoncer le début du match, je ne suis pas super serein. La pression je la gère, mais elle est la quand même.
Polo : Je dirais pression + excitation. Quand tu rentres dans le court, qu’il y a tes potes, que tout le monde est en train de gueuler “Call Me Daddy”, t’es obligé de kiffer.
L’émotion à la fin du match est la même que quand Zizou a marqué 2 buts en Coupe du Monde. C’est la même à notre petite échelle.
Greg: La pression est pareille à tous les sports. Comme tu dis sur une grille de dirt… moi au moment où le match débute je ne pense plus à rien. Et si tu commences à penser, tu es mort.
Ou tu es dans l’événement ou pas. Si un mec de la team cogite, on perd un équipier.
Will : Et c’est vrai que cette pression n’est pas facile à évacuer, particulièrement dans le polo car tu as cette proximité avec le public collé au terrain, ce qu’il n’y a pas dans les autres sports. Mais comme on est concentré, on n’entend rien.
7. Parlons maintenant un peu technique, de vos vélos, de leurs évolutions, et de vos montages bien particulier pour le bike-polo :
Greg : Le cadre est vraiment spécifique, c’est un Victoire, seule pièce qui n’est pas de série.
Ca fait 2 ans que je bosse avec eux, avec le cadre, la potence également, j’ai une potence hyper courte qui donne une direction hyper réactive.
Pour l’histoire, j’ai eu un premier prototype de cadre Victoires, le but était de sortir une première géo’ pour voir ce qui me plaisait ou pas. Ensuite ils ont sorti un deuxième cadre, celui sur la photo, spécifique bike-polo : Cadre que j’adore. Mon boitier de pédalier est plus haut, plus compact sur l’arrière, angle de direction plus droit pour être plus réactif. 55 top tube et 52 en seat tube, car sur les vélos de polo on est un peu plus bas pour pouvoir sortir plus facilement du vélo quand on se prend des gamelles. Quand t’es plus bas t’es plus stable, et aussi pour être plus proche de la balle.
Polo : Will et moi avons des cadres Riding in Circle, des cadres italiens.
J’avais un vélo pourri avant, et d’ailleurs je me suis bien fait chambrer par les américains, donc après le Championnat du Monde 2011, je me suis dit que si je voulais progresser, je devais améliorer mon matos. On a donc maintenant des cadres conçus spécialement pour le polo.
Greg : il y a deux écoles, l’une en 26”, l’autre en 700. Et pour les cages, le mieux c’est le 700.
Polo : Je dirais que le 700 est pour un jeu plus longiligne, prise de vitesse, un peu plus rapide.
Avec un cadre en 26, la direction est différente, tu peux tourner plus facilement dans les petits espaces et prendre des courbes de taré.
Greg : oui, aussi Polo étant plus grand, pas le même gabarit que Will et moi, il a des gros pneus pour gagner en adhérence et en stabilité.
_Le reste du matériel c’est du matos de BMX classique : pédalier 3 pièces bmx classic.
_On utilise des roues libres de trial, qui ont plus de clics donc des engagements rapides comme on est dans un sport ou la réactivité est importante. Roues de 48 rayons au lieu de 36, ça empêche les balles de passer au travers. Avant il y avait des covers sur les roues, mais pour rentrer chez soi le soir c’est mieux sans, sinon tu peux pas lâcher les mains de ton vélo, parce que si un mec souffle dans la rue ça fait tourner la roue… (rires)
_Les cintres qui viennent de la culture PF étaient à la base très petits : maintenant la tendance est à l’élargissement du cintre.
Polo : c’est aussi quand tu shoot pour ne pas te manger le cintre qu’il était petit, mais maintenant qu’ on sait bien shooter, on peut avoir des cintres plus large, ça ne nous dérange pas.
Greg : au départ, on avait des vélos hyper légers venant du fixe, qu’on cassait.
Par exemple les fourches pliées etc… Ensuite on est passé à des vélos plus solides mais plus lourds. Maintenant on essaie de voir comment gagner en poids tout en gardant la rigidité des pièces.
_Selle Brooks:
Au polo en fait la selle est désaxée du fait du poids que tu mets sur le maillet à droite ou à gauche. Quand le cuir à travaillé : l’astuce c’est de penser à prendre soin de sa selle, en la retendant, avec l’écrou.
_Maillet : Call Me Daddy ont chacun des longueurs de maillets différents, selon leurs poids, leurs tailles et leur vélo. Avant les maillets étaient DIY : des tubes de canalisation découpées + baton de ski.
Maintenant, Milk a apporté une évolution importante, en développant une tête avec un système d’enclenche propriétaire c’est le système le plus simple et rapide à utiliser.
Les Maillets Perro, ont aussi apporté une évolution de gamme avec 2 types de maillet : 1 maillet plus costaud pour jouer la semaine et 1 maillet plus léger pour les tournois, selon que tu veux de la puissance pour taper, de la solidité, ou de la maniabilité.
_Casque:
Polo : Le casque de hockey et la grille réduisent le champ de vision mais personne n’a envie de se prendre un coup de maillet donc après tu t’y habitues.
Greg : La différence : en Europe les maillets n’hésitent pas à monter haut, dés que tu fais ça aux States tu te fais engueuler par les gars qui ne portent pas de grilles de protection. Très bizarre, aux Etats-Unis, le mec te mets un énorme coup d’épaule pour t’envoyer dans le mur. C’est normal. Mais par contre, si tu commences à lever le maillet au niveau de la tête, tout le monde va être choqué.
Le problème, comme il n’y a pas de règles, plus tu joues équipé de protection, moins tu as peur et plus tu peux être un danger pour les autres qui portent moins de protections.
Polo : Comme je suis un peu un “chien fou” sur le court, je préfère une grille pour aller me glisser dans des petits endroits; pour y aller à fond et être sur de pas me prendre un coup de maillet.
Greg : Je mets ma grille juste aux tournois, car ma grille me gène. Apres on est pas pour la sur-protection comme au hockey avec plastron etc… Déjà que nos sacs sont chargés avec l’équipement quand on part s’entrainer, aussi par fainéantise je ne voudrai pas porter plus de protections…
_Shoes :
Greg : Je suis un des premiers à avoir arrangé mes chaussures pour le polo. Pour passer du court au bar ou rejoindre mes potes en soirée ou à un vernissage, les chaussures de cyclistes c’est relou et pour éviter de transporter une deuxième paire, je réintègre tout le support de semelle adapté aux pédales automatiques dans mes baskets favorites, que j’aime bien et qui me conviennent.
Will : A ce propos, le partenariat qu’on a avec Le coq sportif nous permet d’avoir des shoes lifestyle qu’on transforme pour le bike polo.
8. Vos shops préférés ?
Greg : Mes amis au Bicycle store et à La Bicyclette Paris.
Will : Moana Bikes à Grenoble, qui m’a aidé à monter mes vélos, et nous a aidé à payer les billets pour Seattle.
Polo : Moi j’ai un petit partenariat avec Monsieur pignon madame guidon le shop de Toulouse qui m’aide si j’ai besoin de l’atelier, et qui me fait des prix sur les pièces.
9. Anecdote d’équipe?
Polo : On a participé en Octobre dernier à l’Eroica, une course de vélo “retro” en Italie, et sur un stand on a rencontré un ancien rouleur italien qui vendait des pièces vintage. On a commencé à discuter avec lui, et on a fini par parler de polo. On lui raconte ce qui s’est passé de génial pour nous l’été dernier, les victoires aux Championnats d’Europe et du Monde, et là il nous demande de patienter un instant.On le voit chercher dans des vieux cartons remplis de vieilles photos, d’où il nous sort finalement un bande de stickers aux couleurs “Champions du Monde”, qu’on a collé sur nos vélos direct! (cf close up photos). Grazie mille!
Photos by The Bikerist
(Source : thebikerist.com)